mercredi 1 avril 2026 ↦ 19h00
Musée(s) des natures : Cultiver de l’eau propre
Que voulons-nous dire lorsque nous parlons de nature ? Le mot semble aller de soi, tant il est aujourd’hui au cœur de nos inquiétudes, de nos débats et de nos engagements écologiques.
Et malmené…
"Pourtant, comme avec les mots les plus familiers, son évidence dissimule un impensé : une histoire de traductions, de glissements de sens, de manières différentes de nommer et d’habiter le monde.
Les Grecs disaient phusis. Ce terme ne désignait pas une nature extérieure à l’homme, ni un décor du monde, ni un patrimoine fragile à préserver. Phusis signifie ce qui naît, ce qui pousse, ce qui surgit : le mouvement même par lequel les choses apparaissent et se transforment. La nature n’est pas un état immobile, elle est un processus.
Barbara Cassin dit aussi qu’il suffit parfois de regarder la mer pour en saisir l’intuition. Sa beauté n’est pas celle d’une image fixe, mais celle d’un mouvement : la vague qui se forme, se défait, revient, recommence. La mer donne à voir cette puissance de naissance et de transformation qui traverse le vivant.
C’est à partir de cette expérience, de nos mots et face aux maux du monde, que s’ouvre le séminaire Musée(s) des natures. La conférence inaugurale, intitulée Cultiver de l’eau propre, prendra la forme d’une conversation entre trois expériences du monde : celle de la philosophe Barbara Cassin, attentive aux mots, aux traductions et aux concepts, celle de son fils Samuel Legendre, agronome, engagé dans les pratiques concrètes de la terre et de l’eau, et de sa nièce Chloé Pretesacque autrice du livre Failles et fuites : Sourcellerie précapitaliste et radiesthésie moderne.
La formule « cultiver de l’eau propre » déplacera notre manière de penser. Elle suggère que l’eau n’est pas seulement une ressource à capter, à distribuer ou à filtrer. Elle dépend des sols, des cultures, des paysages, des gestes agricoles et des choix collectifs, de nos manières. L’eau se cultive autant qu’elle se protège : elle est le résultat d’une relation entre la terre, les pratiques humaines et les cycles du vivant.
Dans un lieu comme le Musée de la Chasse et de la Nature, où se rencontrent animaux, imaginaires, savoirs et pratiques humaines, la nature n’apparaît jamais comme une abstraction. Elle se donne à voir dans des gestes, des récits, des formes, des techniques et des sensibilités.
Le cycle de rencontres Musée(s) des natures propose ainsi d’explorer ce que pourrait être une écologie de la conversation, des échanges et de l’attention : une manière de prêter attention aux formes du vivant, aux paysages, aux animaux, mais aussi aux mots et aux images par lesquels nous les pensons.
Car peut-être que la question de l’écologie commence là : dans la manière dont nous regardons tout ce qui nous entoure - et d’abord dans les mots, les gestes et les formes que nous choisissons pour le dire.”
Pierre Giner
Le cycle de rencontres Musée(s) de la nature s’inscrit à l’intersection de deux programmes de recherche : Les inséparables (DSAA Mode: Prospective et Arts de Vivre, École Duperré, sous la direction de Pierre Giner) et Le musée vivant (Master Histoire & Critique du design, Université Paris 8, sous la direction d’Emanuele Quinz). Conçu comme un ensemble de conversations à géométrie variable, il propose d’explorer les relations entre nature et musée, et, plus largement, entre art, design et vivant.
Avec le soutien de l’EUR ArTeC, au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17- EURE-0008.