Le petit chien de compagnie est le meilleur atout des portraits et des scènes de genre à la fin du XVIIIe siècle. Au sein des salons ou dans l’intimité d’une chambre, le chien de compagnie, symbole de luxe, faisait partie intégrante de la vie quotidienne d’une aristocratie avide d’exposer les signes de sa richesse. Cette petite chienne, miniaturisée tel un accessoire de mode, est tondue de près, ses oreilles coupées (on dit "écouées"), ses griffes manucurées et ses dents peut-être même taillées, selon les usages de l’époque. « Chien bichon » ou un « chien de manchon », termes génériques pour désigner les chiens miniatures sous l’Ancien Régime, cette petite chienne est sans doute une sorte d’épagneul nain (ou épagneul papillon) en vogue à l’époque du tableau mais ici rendue méconnaissable car totalement tondue.

Anecdotique, cette saynète montre un animal artificiel, entièrement dénaturé par l’homme. Réduit à l’état d’objet, le chien bichon est posé sur un coussin, entouré de sa balle et de noix. Déchiquetant la pantoufle de sa maîtresse, l’animal semble ici vouloir se venger des traitements avilissants qu’il a subis.

Pourtant, si la présence des noix au premier plan donne une échelle à la représentation, elle rend le tableau moins frivole qu’il n’y paraît. Dans la symbolique chrétienne, la noix est le symbole du Christ, la coquille évoque le bois de la croix tandis que le fruit qui s’y loge représente le corps du Christ. Nous aurions donc là un tableau du type Vanité, à forte portée symbolique et philosophique.

En juxtaposant ici, le luxe, la superficialité et la luxure, la chaussure est en effet une métaphore du désir et des jeux sexuels, à la salutaire méditation sur le sacrifice du christ, mort pour racheter nos péchés (la vanité, l’orgueil, la débauche…), le peintre invite le spectateur à considérer les dérives et les excès de l’existence terrestre au regard de la vie éternelle.