Encore très présent dans l’ensemble des forêts européennes jusqu’au XVe siècle, l’ours, agile et féroce, souffre depuis le Moyen-Age d’une terrible réputation. Pour Saint Augustin, c’est même le diable ! Considéré comme le double animal et sauvage de l’homme, l’ours peut en effet se tenir debout, marcher comme un bipède et s’asseoir, mais aussi s’accoupler face à face, à la manière des humains.

Déterminée à éteindre les cultes et fêtes païennes que l’animal suscite, l’Eglise combat le plantigrade par tous les moyens, le ridiculisant en bête de foire, ruinant ainsi sa réputation de roi des animaux. Paradoxalement, il restera longtemps de bon ton chez les aristocrates et princes européens d’évoquer un mythique ancêtre ours à l’origine de leur lignée tandis que le corps à corps avec l’animal demeure « un must » d’exploit guerrier.

Ainsi, la chasse à l’ours plaçait l’homme et l’animal dans un face à face qui était pour les jeunes hommes un rituel de passage important. Le chasseur, entièrement protégé par son armure, atteignait l’ours avec un épieu. L’Église chercha à dévaloriser cette chasse à l’ours jugée par trop démonstrative voire licencieuse au profit de la chasse aux cervidés qui ne nécessitait plus de contact direct avec l’animal.

Originaire de Bruges, Jan Van der Straet dit Stradanus représenta avec brio les différents modes de chasse et de pêche pratiqués à son époque. Ses diverses représentations de chasses mettent en scène la traque d’animaux européens ou exotiques, mais également des animaux fantastiques (dragons, satyres, monstres aquatiques…).

Cette estampe est tirée d’une série réunie dans un recueil intitulé Venationes ferarum avium piscium, dont la première édition, dédicacée à Côme de Médicis, est éditée à Anvers en 1578.

Popularisés par la gravure et repris par Antonio Tempesta (1555-1630), célèbre peintre et graveur italien contemporain, les modèles de Stradanus constituent un important répertoire iconographique concernant la chasse.