Billebaude n°15

FAUVE

Sortie le 13 novembre

Fauve est-il une bête ou fauve est-il un homme ? Une proie ou un prédateur ?

Comment capturer ses nuances chatoyantes ? Que dit le fauve de nos fantasmes du sauvage et de l’animalité ? Ce nouveau numéro de Billebaude explore la polysémie de ce terme, avec ses zones d’ombre, à la lisière de l’humain et de l’animal, où repenser ce qui nous fascine mais aussi ce qui nous rapproche de l’altérité pourtant familière des autres vivants.

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Collection Billebaude

96 pages, 230 x 300 mm
Prix public TTC France :
19.90 €

Contact
Fondation François Sommer

Anne de Malleray
Directrice de collection
Tél : 01 53 01 92 40
a.demalleray@chassenature.org

Page Facebook Billebaude

coverFauve

EDITO

Fauve désigne-t-il des animaux – les félins auxquels il est communément associé, comme ceux de la Fauverie du Jardin des plantes – ou parle-t-il des humains et des fantasmes que nous projetons sur les animaux ? Fauve est-il un homme ou est-il une bête ? Une proie ou un prédateur ? Comment capturer les nuances chatoyantes du fauve ? Le trouble dans lequel nous plonge ce mot a conduit Pierre-Louis Duchartre à faire aveu d’impuissance en formulant dans son Dictionnaire de la chasse cette non-définition : « Fauve en qualité d’adjectif puis de nom est un bon exemple des mots qui, à force d’avoir été gonflés de sens différents, ont éclaté. » 

Ce numéro explore la polysémie de ce terme qui demeure « entrouvert », selon la formule de l’anthropologue Nastassja Martin, avec ses zones d’ombre, à la lisière de l’humain et de l’animal, où repenser ce qui nous fascine mais aussi ce qui nous rapproche de l’altérité pourtant familière des autres vivants.

Intraduisible dans d’autres langues, le fauve désigne d’abord un nuancier de couleurs – d’un beige pâle avant de devenir un jaune tirant sur le roux ou le brun, dans une longue série de glissements sémantiques sur laquelle revient l’historien Michel

Pastoureau. Dans la littérature cynégétique, les « bêtes fauves » désignaient avant tout des ruminants au pelage fauve – cerfs ou chevreuils – pour les distinguer des « bêtes noires » et des « bêtes rousses ».

C’est plus tardivement, au xviiie siècle, qu’il passe de la proie au prédateur – tigre, lynx, loup, ours ou lion… – et enfin aux humains qui laissent libre cours à leurs pulsions animales.

L’imaginaire qui gravite autour du « fauve » est empreint d’une représentation du sauvage comme bestialité dévoratrice et déchaînée. Un ensemble de fantasmes dont nous cherchons, avec l’historien Pierre-Olivier Dittmar, à comprendre les origines dans les traditions philosophiques occidentales et l’héritage judéo-chrétien, qui ont institué la séparation entre passions animales et raison humaine, luxure et morale, mesure et instincts, jusqu’à l’inversion du stigmate par les peintres « Fauves » au tournant du xxe siècle. Sentir le fauve, dompter les fauves pour les mettre en cage, les mater, ou au contraire les lâcher, les charges symboliques – négatives ou positives – du fauve transparaissent dans la diversité des usages du mot et de nombreuses expressions populaires.

Cet imaginaire, nous l’explorons en littérature, à travers des « étreintes fauves » qui dans leurs nuances racontent une histoire des associations troublantes et inconfortables entre désir et animalité et avec des écrivains et écrivaines contemporains qui esquissent de nouvelles pistes, comme le souligne Anne Simon.

Nous tentons, suivant le philosophe Baptiste Morizot, de « détordre » cet imaginaire, en multipliant les récits qui donnent accès à la manière dont les autres vivants sont des « aliens familiers », radicalement autres, tout en étant proches. « Nous sommes les mêmes, sans être les mêmes », raconte ainsi !Nate, pisteur San, dans l’article que l’anthropologue Pierre du Plessis consacre aux histoires partagées de chasse entre humains et lions dans le Kalahari et à l’amitié entre la lionne captive Sirga et son soigneur Val, dont les câlins font des millions de vues sur YouTube.

Fauve, parce qu’il n’a cessé de désigner celui ou ce qui est interstitiel, dans les marges, dit aussi l’intensité de la rencontre avec l’Autre. Celle dans laquelle on s’aventure sans savoir ce que l’on va trouver dans son visage, celle dont on ne sort pas sans métamorphose, comme le racontent Nastassja Martin, ou les artistes Abraham Poincheval, Jesse Darling, Cécile Serres et Antoine Boute. Il ne s’agit plus ni de domestiquer ni de lâcher les fauves, mais plutôt d’aller « dans leurs parages », suivant la formule de Baptiste Morizot, pour redécouvrir des manières d’être animal comme la patience de la panthère, et revenir plus vivant, tissé d’animalité en nous.

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