Billebaude n°14

MONDES SONORES

PARU LE 3 AVRIL 2019

La diversité remarquable des formes et des couleurs du vivant a contribué à façonner nos imaginaires et nos arts. Ses chants ont aussi inspiré nos compositions musicales, pourtant, notre biais de primates visuels nous rend généralement moins sensibles à la richesse des mondes sonores qui nous entourent. En s’immergeant dans les partitions du vivant, ce numéro propose de prêter attention aux échanges de vibrations et de sons – intra- mais aussi interspécifiques – pour communiquer, se partager des territoires, se reproduire... De là, pourrions-nous imaginer d’autres modalités de communication avec les vivants, pour mieux nous entendre ?

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Collection Billebaude

96 pages, 230 x 300 mm
Prix public TTC France :
19.90 €

Contact
Fondation François Sommer

Anne de Malleray
Directrice de collection
Tél : 01 53 01 92 40
a.demalleray@chassenature.org

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EDITO

Berlin, une nuit encore fraîche du mois de mai. Les rues sont désertes. Quelques éclats lointains émaillent la nuit calme : de rares passants, les joues rosées, continuent leurs discussions à pied ou à vélo. Sinon, pas un chat. Pas une voiture. Mais la nuit est loin d’être silencieuse : des chants aux modulations et aux rythmes complexes résonnent tout autour de nous, exaltés et infatigables. On se tait, et l’attention s’élargit d’être concentrée. Nous sommes captivés par ce concert inattendu, que nous croyons joué par des dizaines d’oiseaux, tant les notes et les séquences sont variées. Impossible d’identifier la source de ces chants qui nous ravissent. 

À l’automne, nous sommes de retour pour rencontrer le bio- acousticien Karl-Heinz Frommolt à la Tierstimmenarchiv du Muséum d’histoire naturelle de Berlin. Parmi les dizaines de milliers de sons animaux que compte l’archive, il nous fait écouter un enregistrement du rossignol philomèle qui gringotte, quiritte ou trille. Une impression de déjà-ouï nous saisit. C’est lui ! Cette madeleine de Proust acoustique nous transporte dans cette nuit du mois de mai. On réalise alors qu’il s’agissait sans doute du chant d’un seul rossignol, ou de quelques individus, et non d’un orchestre de dizaines d’oiseaux. Le souvenir reconnaissant de cette joie printanière s’enrichit de cette reconnaissance a posteriori — nous savons désormais qui était là.

« Hier, sur le soir, entre les roses et le vin le rossignol chantait joyeusement : apportez la coupe. Oh ! vous tous qui êtes pris de vin, salut sur vous », écrivait le poète persan Hafiz au xive siècle. Dans ses Odes, le chant du rossignol est comparé aux expressions des poètes et des musiciens, et invite à l’ivresse. Nous aimons retrouver dans les mondes sonores du vivant des harmonies qui inspirent nos musiques humaines. Berlin est connue pour ses nuits peuplées par le chant des rossignols, auxquels se joint presque chaque année le musicien David Rothenberg pour jouer avec eux de la clarinette. Si séduisante soit l’idée de pouvoir jouer de la musique avec d’autres espèces, force est de reconnaître qu’on ne saura pas s’ils jouent véritablement ensemble. Y a-t-il une possibilité de s’accorder dans un jeu musical, un échange que l’on voudrait signifiant ? Une question que soulèvent aussi les jam sessions entre araignées et musiciens imaginées par l’artiste Tomás Saraceno.

Guidé par des humains qui savent y prêter attention — bioacousticiens, musiciens, océanologues, chasseurs, artistes, philosophes — ce numéro nous invite, comme François Sarano immergé dans l’océan, à nous mettre à l’écoute. Les cris de la reine des abeilles, les aboiements du chevreuil, les clics du cachalot, le concert « explosif » des batraciens, le hurlement du loup traversent ce numéro. Avec eux, nous cherchons à déployer les variations et la diversité des fonctions attribuées aux cris, aux chants et autres moyens de communication sonore dans le vivant.

Que peut-on comprendre de ces mondes sonores étrangers aux nôtres, et peut-on se comprendre ? Nous pouvons imiter les animaux en sifflant, comme les chasseurs aigles du Rondônia, essayer d’apprendre les subtilités de leur langue, bricoler des outils et inventer des modes de traduction pour tisser des liens sonores. Invisibles, ils peuvent susciter des formes de joie comme celle que communique le jeune ornithologue amateur Quentin Hallet lorsqu’il nous apprend à déceler les présences des oiseaux cachés à la cime d’une forêt ardennaise. Celle aussi dont témoigne l’artiste Knud Viktor, explorateur des sons minuscules du Luberon, ce jour où il parvient à enregistrer les ronflements d’un lapin dans son terrier. Selon la philosophe Vinciane Despret, l’expérience d’écoute peut nous défamiliariser de nos rapports habituels, principalement visuels, au vivant. Il faut peut-être commencer par faire silence pour que le monde autour devienne tout à coup beaucoup moins silencieux et qu’il se réanime... Dans un conte d’Andersen, le chant du petit rossignol sauve in extremis l’empereur de Chine de la Mort, venue le prendre. « Le sang circulait de plus en plus vite dans les membres affaiblis du mourant et la Mort, elle-même, écoutait et disait : “Continue, petit rossignol, continue !” »

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